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Les sciences du psychisme et l'animal

Édité par Rémy Amouroux, Aude Fauvel, Jérôme Michalon

Revue d'histoire des sciences humaines



Psychiatres droguant des chiens, psychologues bombardant des chèvres, psychothérapeutes arrachant des bébés singes à leurs mères pour les observer…, dans l'histoire animale les psys semblent suivre une ligne classique : celle d’une vision utilitaire des animaux, exploités et sacrifiés à l’usage du savoir. Comme ailleurs en science, interroger la présence des bêtes dans le champ psy conduirait donc surtout à retracer le fil de leurs souffrances.

Ce numéro porte un autre regard sur ce lien entre animaux et psys. Examinant, entre autres, la psychologie zoologique du XIXe siècle, les zoothérapies contemporaines, ou le rôle des chows-chows dans la psychanalyse, ses contributeurs révèlent que les diverses disciplines de l’esprit ne se sont pas seulement construites contre les bêtes, mais également avec elles, dans des rapports d’influence et de collaboration mutuels. Les animaux ont certes servi de cobayes, mais ils ont aussi été des patients, des inspirateurs, et même des partenaires des psys. Dégageant leur participation méconnue à l’évolution des discours et des thérapeutiques psychiques, ce numéro invite ainsi à repenser la fabrique des sciences humaines au prisme de l’animalité.

Jérôme Michalon

Jérôme Michalon est sociologue, chercheur au laboratoire Environnement Ville Société (UMR 5600), et au Centre Max Weber (UMR 5283). Son travail s'inscrit dans le cadre d’une sociologie des relations humains/animaux. Adoptant le triple point de vue de la sociologie pragmatique, de la nouvelle sociologie des sciences et de l’anthropologie de la nature, ses recherches se concentrent sur la requalification des rôles attribués aux animaux dans les sociétés occidentales contemporaines. A travers différents terrains (les espaces d’exhibition des animaux, les refuges de protection animale, le soin par le contact animalier), il s’attache à comprendre comment se construit un nouveau régime de compagnonnage anthropozoologique.  Il cherche également à tirer les conséquences pratiques du développement de la bienveillance envers les animaux, et de leur personnification. Il s’intéresse ainsi au militantisme animalier et à la manière dont il articule discours savants, critique sociale et activisme.  Son intérêt porte enfin sur la place de l’animal, et du vivant non humain, dans la discipline sociologique – particulièrement en France.