Français | English
Socio-anthropologie 36

Socio-anthropologie 36

Manières de croire


Socio-anthropologie



Qu'appelle-t-on croyance ? Tout le monde croit-il ? Ce qu’on identifie ici ou là comme des « croyances » relève-t-il d’un genre commun ou au contraire de types différents de pratiques et d’idées ? Au moins deux options sont en présence, qui motivent la composition de ce numéro de Socio-anthropologie. Soit on estime qu’il y a partout de la croyance et qu’il y en a toujours eu ; alors la croyance apparaît comme un invariant transhistorique. Soit, au contraire, la variabilité s’impose, et va jusqu’à l’incommensurabilité. Défendre une telle hypothèse, ce n’est pas seulement dire que tous les individus et tous les collectifs ne croient pas aux mêmes « choses » (les dieux ne sont pas partout les mêmes), mais que la façon de se rapporter auxdites choses peut varier du tout au tout, selon des modes d’une telle diversité qu’on peine à identifier un seul et même « fait social » et qu’on hésite finalement à parler de « la » croyance. La question demeure cependant ouverte de savoir si, donnés comme incommensurables, les genres d’existence et les manières de penser peuvent devenir l’objet d’un « comparatisme expérimental » qui ne renonce pas à construire les termes rendant le rapprochement sensé.

Frédéric Fruteau De Laclos

Frédéric Fruteau de Laclos est maître de conférences en philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du Centre d'histoire des systèmes de pensée moderne (EA 1451). Ses travaux portent sur les relations entre philosophie, épistémologie et psychologie en France au XXe siècle. Il a récemment publié La psychologie des philosophes (PUF, 2012) et Émile Meyerson (Les Belles Lettres, 2014), et codirigé avec Corinne Enaudeau Différence, différend : Deleuze et Lyotard (Encre marine, 2015).

Collaborations intellectuelles ou scientifiques :

Giuseppe Bianco, Frédéric Fruteau De Laclos
L'angle mort des années 1950
Philosophie et sciences humaines en France
La philosophie à l'œuvre
On aurait tort de croire que les années 1950 représentent un ventre mou de la pensée française, une décennie sans éclat coincée entre la vogue existentialiste et la montée en puissance du paradigme structuraliste. Car, si la période manque de visibilité, ce n'est pas dû à la valeur réelle de ce qui s'est produit en philosophie.